Sommaire

PREMIER EMAG TUNISIEN - Censuré

V5: N9 N8 N7 N6 N5 N4 N3 N2 N1 V3: N4 N3 N2 N1 V2: N4 N3 N2 N1

COULEURS: Style 1 Style 2 Style RCD

Sans Revolución sociale, la révolution politique est un pétard mouillé

388e jour après Ben Ali

Comment le vaste monde arabe qui s’est « libéré » du joug colonial a-t-il pu marcher à l’envers avec une telle constance? Et pourquoi aujourd’hui l’idéologie qui monte est-elle portée par un courant fasciste dans un monde qui déjà à trop souffert du despotisme?
L’islamisme, beaucoup l’apprécient et en redemandent, du prêche enflammé qui soulage de la frustration, de l’action violente qui répond à l’humiliation. D’autres sont horrifiés : voilà l’islamisme qui déborde de nos écrans, des nouvelles lois promulguées pour contraindre toujours plus les citoyens au nom de la morale et des discussions de café qui promettent encore plus de violence. Il vient transformer nos proches et défigurer leurs traits naguère si doux. Comme dans les films d’horreur, des zombies transmettent leur venin qui fabriquera, à partir d’êtres doués d’humanité, des légions de zombies prêtes à fondre sur notre univers.
Il semble bien que si l’islamisme progresse tant, c’est d’abord parce que nous n’avons pas assez révolutionné le fonctionnement de nos sociétés après la décolonisation. Et la plupart des gouvernements et des courants « d’opposition politique » ratent leur cible car ils ne se préoccupent pas de cette mission civilisatrice qu’est l’émancipation des individus.

À l’heure actuelle, l’opposition politique, en Tunisie et ailleurs dans le monde arabe, et je parle de ceux qui se prétendent démocrates, risque de connaître la même désillusion que les quelques uns qui combattirent avec les meilleures intentions pour l’indépendance de leurs pays, voici cinquante ans. À cela deux explications :

1. Dans les discours de très nombreux opposants, l’idée qu’une révolution peut s’arrêter à un changer les personnes qui détiennent le pouvoir politique;
2. Dans la société en général, le désir de modernité ne se réalise pratiquement que dans le domaine matériel alors que la résistance à la modernité se manifeste aisément lorsqu’elle amène des valeurs sociales nouvelles.
Le refus de la modernisation sociale a coûté cher, déjà aux Algériens et aux Égyptiens pour prendre deux des peuples arabes qui ont connu des révolutions. Les Algériens vivent un cauchemar depuis vingt ans et les Algériennes voient leur situation empirer, notamment celle des femmes célibataires de Hassi-Messaoud. Les Égyptiens voient le nombre des foulards augmenter étrangement avec la montée de l’islamisme alors que le « voilement » de la majorité des femmes terminé, les voiles intégraux font leur apparition, comme si ce n’était jamais suffisant. Que n’avons-nous pas fait pour en arriver là?

Les régimes arabes décolonisés qui continuèrent de braver les puissances Occidentales ont en réalité sacrifié le progrès de leur société à une politique de grandeur. Populaire, Nasser a, en lieu et place d’un planning familial, de l’éducation pour tous, de la promotion du citoyen-entrepreneur (social, économique, scientifique, artistique, takrizien, etc.), donné la préférence aux armements, à un gigantesque barrage sur le Nil ou à des industries lourdes sans marché porteur. L’idée n’est pas de dire qu’il fallait renoncer à construire le barrage d’Assouan mais que sa construction seule n’aurait jamais du être un prétexte pour laisser la société égyptienne sans réformes sérieuses. Les « grands » leaders de l’époque ont pratiqué une politique d’affichage et à rechercher le spectacle pour amuser les foules, ils n’ont pas fait ces petites tâches qui changent durablement une société.

Car, pendant que les communiqués officiels encensaient tel leader ou telle réalisation suffisamment symbolique pour être publicitaire, le sort fait aux femmes, les relations entre communautés religieuses et d’une manière générale l’attitude face à l’étranger et à la nouveauté n’ont jamais été changées. Tout se passe comme si le monde arabe croit qu’il a été colonisé par punition divine ou parce que l’avance scientifique de l’Occident n’aurait pas été rendue possible grâce à des améliorations sociales. Autrement dit, les leaders populistes des années 1950-60 ont dispensé leurs peuples de sortir de l’obscurantisme. Et ils en ont même fait une bravade, une source fierté à opposer à l’Occident. Ce faisant, ils ont désigné un ennemi et fermé les portes de l’entente entre les peuples. Et ils ont commencé à éduquer les masses à l’humiliation et à la haine de l’autre.

Et puis, l’islamisme est venu prendre la suite. Parce que les leaders qui pratiquaient la politique-spectacle ne pouvaient rien réaliser de concret pour leurs peuples. L’islamisme, c’est devenu l’idéologie qui réconforte les Musulmans dans leur orgueil en leur disant que les autres trichent et que les jeux sont truqués. Le modèle de la société musulmane puritaine est, à leur avis, supérieur. Ils ont fait du règne de l’obscurantisme le synonyme de la vertu. Dès lors, la seule explication de la supériorité palpable des Occidentaux (et maintenant de beaucoup d’Asiatiques!) ne serait que matérielle : c’est en raison de l’argent et des machines qui sont à leur disposition. Moralement supérieure, la société islamique est la victime de la conspiration des infidèles contre les « vrais croyants », parce que proches d’Allah et imitateurs zélés du comportement de Mahomet. Alors, si l’obscurantisme est la solution, il faut inciter les croyants à toujours plus de pureté, c’est-à-dire à plus de puritanisme et d’obscurantisme. Et mettre entre leurs mains les armes perfectionnées que l’Occident matériellement riche à su produire tout en ignorant les progrès moraux d’une civilisation a également inventé le pacifisme.

En quelque sorte, de nombreux Musulmans ont attrapé le complexe soviétique. Sûrs d’eux-mêmes mais dominateurs frustrés. Par exemple, ils s’extasient devant les progrès de l’Iran dans le nucléaire et son attitude de défi face aux Américains. Ils oublient juste que pendant ce temps, en Iran, le commerce des êtres humains est réapparu alors qu’on opprime le peuple à grande échelle. En même temps, les inégalités sociales n’ont jamais été aussi fortes, le nombre de prostituées aussi grand et le taux de toxicomanie est l’un des plus élevés au monde. La pauvreté y est aussi endémique tandis que la vie humaine à un prix : 9000$ pour une femme, le double pour un homme. Si bien que lorsqu’un homme tue une femme, la famille de la victime doit verser 9000$ à celle de l’assassin pour qu’il soit puni de son crime et que les comptes soient équilibrés. Mais tout cela n’est que peccadilles pour les obscurantistes qui considèrent leurs armes avec des yeux énamourés.

En 2010, un Galilée sociologue aurait encouru la peine de mort dans les pays islamistes et, au moins, des tracasseries sérieuses dans de nombreux pays arabes et musulmans qui veulent amadouer les islamistes qui influencent tant leurs peuples. Et « nos » « opposants démocrates » l’auraient abandonné tout autant, ce Galilée musulman, eux qui participent à jouer au plus pyromane des pompiers pour capter la sympathie populaire. En lieu et place de pédagogie, n’ont-ils pas condamné les dessinateurs des caricatures de Mahomet? Si on en est arrivé là c’est qu’avec la décolonisation, nos dirigeants ont voulu l’indépendance sans la Liberté. Et les peuples mal instruits n’y ont vu que du feu. D’ailleurs, la plupart des résistants de l’ère coloniale n’étaient souvent pas membres d’un parti d’avant-garde mais des conservateurs qui se sont trouvé des copains chez les gauchistes d’Europe. Cela a créé une confusion : on les a pris pour d’authentiques révolutionnaires alors que leurs relations à gauche n’étaient que des alliances de circonstance. Il est vrai aussi de beaucoup de gauchistes ont préféré soutenir ce qui était devenu des nationalistes réactionnaires, puis des islamistes, plutôt que de reconnaître qu’ils auraient du être plus critiques.

Partant de là, l’islamisme séduit de nouveau après l’échec des leaders nationalistes. Il conforte des sociétés rétives au progrès social et représente pour elles une dernière promesse de réussir à rendre grande la civilisation arabo-islamique sans changer les attitudes des peuples. Et les sociétés qui, comme en Tunisie, ont eu un leader réellement réformiste à l’instar de Bourguiba n’ont, en réalité, pas assez révolutionné leurs habitudes. Car des réformes inachevées et inassumées, par peur de trop provoquer l’opinion conservatrice encore majoritaire et de choquer des religieux obscurantistes dont l’influence est forte, ne conduisent qu’à discréditer ces mêmes réformes et à favoriser plus tard les choix qu’on a voulu éviter. Ces derniers ont, aujourd’hui, beau jeu de faire croire que les femmes et les hommes de progrès se sentaient dans l’erreur d’avoir essayé de changer leur société. Alors qu’il aurait fallu combattre sans concessions et sans interruption ces influences néfastes à l’école, dans les médias et par l’exemple. Et surtout sans attendre que les améliorations du niveau de vie changent des opinions alors qu’elles sont habituées à croire que le progrès technique n’a aucun rapport avec des valeurs sociales plus ouvertes. Le grand défi n’est pas de remplacer tel Ben Ali au pouvoir et tel RCD à l’Assemblée nationale. Il n’est pas de s’intéresser à la dimension « macro » du pouvoir en délaissant le niveau « micro » des personnes qui composent la société. Il est de briser les chaînes qui empêchent les individus de s’émanciper : ce grand projet de société toujours repoussé aux calendes grecques, puis abandonné.

Reconnaître qu’il faut commencer par le bas, c’est reconnaître qu’il faut combattre l’islamisme et le despotisme à la source. Mais c’est aussi avouer que la prise du pouvoir est moins urgente que de faire évoluer la société. C’est une des raisons qui explique que les politiques de tous bords, trop empressés de s’accaparer le pouvoir, délaissent complètement la dimension sociale. Celle-ci est pourtant la condition nécessaire pour créer des sociétés vraiment libres et capables d’occuper de nouveau le haut de l’échelle des civilisations.
Faute de cela, les peuples arabes et musulmans resteront décadents, sans le faste et le raffinement de Rome, mais avec toute l’horreur que charrient les despotismes condamnés à l’échec.

-- hadès
TAGS :
TAK DOSSIER
05-2010
hadès

hadès

hades@suxydelik.com

ARTICLES DE hadès:
5-1: »Dix ans loin de la Tunisie

DANE LE NUMERO:
5-6: »Tunisiens à l’étranger

TAKRIZO ERGO SUM

2010 TAK ATTAK

TAKRIZ: du tunisien 'ras-le-bol' a pour but de libérer la Tunisie de la censure d'internet et des médias. Le groupe fut fondé en 1998 et publie sur internet un magazine libre et sans langue de bois. Notre plateforme est ouverte à tous les tunisiens qui partagent nos principes. Ce site a été entièrement refait en Décembre 2009 pour utiliser à pleine capacité l'infrastructure web 2.0. Il est ceci dit en version BETA. La version finale serait prête si tout va bien en Janvier 2010. Merci de nous signaler tout problème. Tout en haut à droite vous pouvez changer la couleur du site, on a pensé au Rassemblement Constitutionnel Démocratique Tunisien et on leur a crée un thème en violet qui leur ressemble!

2010 TAK REVENDIK

TAKRIZ dénonce fortement les conditions des libertés actuellement en Tunisie. Le groupe a pu récuperer une partie de ses membres et à l'heure ou vous lisez ce message est entrain de se reconstruire pour développer de nouvelles actions ayant pour but d'agenouiller les censeurs du net tunisien et tous ceux qui se mettent en travers de la marche du mouvement. En 23 ans le tunisien est devenu esclave d'un régime totalitaire interdisant à toute pensée libre de circuler.

they may torture me... break my bones and even kill me... then they will have my body... but not my obedience...
Ghandi.

TAK CONNEKT

TAKRIZ NETWORK (TAK NET) regroupe les sites takriz.net et takriz.com, la mailing liste liste@takriz.com, les forums TAK FORUM et TAK ARBi, la plateforme TAK KOH pour les développeurs et TAK Lab pour les rédacteurs. TAK Net est aussi doté d'un serveur IRC privé. SuXydelik.com est affilié au réseau. On est une structure ouverte, à la pointe de la technologie et de l'information. On reste ouvert à toute proposition. Pour nous contacter, vous pouvez nous envoyer un email à takriz@takriz.com. La page facebook officielle du groupe est facebook.com/takrizo, pour nous suivre sur twitter rajouter twitter.com/takriz

TAK BUZZ


L'ÉLITE TAKRIZARDE ET SES AMIS

fondateurs

FOETUS
Waterman

éditorial & collectif

foetus - - - sux - - - waterman - - - donquichotte - - - menteur - - - clandestino - - - Judy - - - dannous - - - hadès - - - zou - - - salome - - - Lys des Vallées - - - ptyx - - - ramirez - - - magag - - - chien - - - La Plume - - - eve - - - deadman - - - zipper - - - chris - - - mafibelhach - - - furax - - - casanova - - - TBB - - - corsaire - - - E.T - - - Gloom Keeper - - - Zébénia - - - Rime à Rien - - - Joey - - - Be Myself - - - slouma - - - ganjaman - - - zollatt - - - freedomsoup - - - t7ifa - - - srond - - - Ijee - - - Bull - - - HomoZygote - - - hasni - - - rabrov - - - freeman - - - lapointe - - -

Vous aussi?

Vous aussi? Oui! Si vous partagez nos idées vous êtes les bienvenus.



archives

On a pu retrouvé une partie des archives, la plupart est déjà indéxée sur ce site, pour les puristes vous pouvez trouver vous même sur takriz.com/gdim

SuX tiens toujours le projet SuXydelik (premier site web trash tunisien). Pour les fans du genre vous pouvez lui faire un coucou dans son nid www.sudxydelik.com

En Bref

LIGNE ÉDITORIALE

LIGNE ÉDITORIALE

La ligne éditoriale de TAK EMAG regroupe les sections TAK ATTAK, TAK EDITO, TAK TIK, TAK PRATIK, TAK AKADEMY, TAK BEST OF, TAK MANIA, TAK EXCLUSIF, TAK RETRO, TAK DESIGN, TAK ARTISTIK et E-TAHHANA.

TAKRIZ LE MOUVEMENT

TAKRIZ LE MOUVEMENT

TAKRIZ (TAK), est un mouvement underground strictement anonyme ayant pour objectif la lutte contre la censure de l'Internet et la défense de la liberté de l'expression. Méthodes: Communication, Désobéissance, Activisme, Innovation, Satire. Date de création Janvier 1998 à Tunis, Tunisie.

TAKRIZ MAGAZINE

TAKRIZ MAGAZINE

TAKRIZ EMAG, la publication du groupe, est une plateforme d'expression libre, généraliste, apolitique, indépendente qui vise à dénoncer les problèmes liés aux conjonctures humaines, sociales et forcément politiques en Tunisie, en mettant le point sur les abbérations avec un ton dur et satirique. Un volet culturel et historique a été rajouté au magazine pour en allèger un peu le contenu.

CONTRIBUTIONS

CONTRIBUTIONS, AIDE

Si vous voulez nous rejoindre envoyez nous un email à takriz@takriz.com. Si vous voulez envoyer un article adressez le a contribution@takriz.com. Si vous souhaitez nous aider vous pouvez nous contacter par email

Reflexion

TAKRIZ, ma vie est devenue...

Privé

TAKRIZ V5 - ALPHA VERSION - TAK KONCEPTOR FOETUS. CODENAME: KAHLOUCH. ©1998-2010 TAKRIZ® TAKRIZ NETWORK